Blues : Retour en Amérique – partie 2

Depuis 1966, L’Amérique subit l’invasion de jeunes groupes anglais revendiquant l’héritage du Blues. Cet héritage est pourtant américain, et tous les héros de ces groupes, de Chuck Berry à BB King, font parti de la culture musicale américaine.

Le Blues vient de la vague migratoire dont a bénéficié Chicago il y a plus d’un siècle. Ce sont les descendants de ces migrants qui, dès l’avant guerre, ont commencé à propager le Blues en créant leurs labels indépendants.

Dans les clubs musicaux, qui pullulent à Chicago, Paul Butterfield cultive sa passion pour le Blues. Issu d’un milieu favorisé, il a rapidement eu accès à une éducation musicale classique. Mais la découverte du Chicago Blues lui fait l’effet d’une révélation, l’incitant à abandonner la flute pour ce consacrer à la guitare.

Tel un héros de roman de Kerouac, Butterfield parcourt les routes de Californie et du Sud, ou il peaufine son jeu dans les clubs. Son parcours le mène à « Jewtown », un lieu incontournable pour les apprentis musiciens, ou blancs et noirs se réunissent autour de leur passion commune pour le Blues. C’est aussi là-bas que Paul Butterfield sympathise avec des musiciens d’Howling Wolf, avec qui il forme rapidement le Paul Butterfield Blues Band. Alléché par le feeling de ces bluesmen, Mike Bloomfield vient jammer avec la bande, le groupe est au complet.

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Après avoir signé chez Electra, Paul Butterfield Blues Band sort son premier album en 1965. Cet événement constitue l’an 1 du blues Rock américain. Le public découvre alors un groupe qui transcende le Blues à grands coups de riffs électriques.

Après ce premier album, Bloomfield est repéré par Bob Dylan, qui cherche un guitariste capable de l’aider à se diriger vers une musique plus électrique. Bloomfield participe donc à une poignée de concert du Zim, avant de poser sa guitare sur l’album « Highway 61 Revisited ».

L’homme est au sommet de ses capacités et de sa popularité et, lorsque Al Kooper lui propose d’enregistrer un album, la réunion de ces deux bluesman adoubée par Bob Dylan à des airs de célébration.

Mais Bloomfield assume mal son statut de guitar hero , qui lui provoque un stress insoutenable. Pour le détendre, Kooper lui propose de jouer de manière spontanée, comme de vieux jazzmen. Mais la pression que se met le guitariste est trop forte, et il ne jouera que sur la moitié des titres prévus. Pour finir l’album, Kooper convoque l’ex Buffalo Springfield, Stephen Stills. Son passé prestigieux, allié à sa performance spectaculaire sur « Season Of The Witch » ne fait qu’ajouter à la splendeur d’un album qui tient toutes ses promesses.

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Pendant ce temps, les frères Winter suivent un parcours qui les rapproche des grands bluesmen. Nés albinos, ils connaissent le même rejet que la population afro- américaine de l’époque. D’abord fasciné par Elvis, Winter découvre les racines du Rock grâce à des aides de maison, qui travaillent en écoutant les radios noires de Nashville.

Il écoute ébahit Howling Wolf et autres BB King et, en pleine époque ségrégationniste, il se met à collectionner les « Races Record ». Ces disques de musique noire contiennent les racines qui nourriront le rock.

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En 1968, son jeu de guitare lui vaut d’être repéré par Mike Bloomfield, qui est au sommet après son passage dans le Blues band de Paul Butterfield et sa participation à « Highway 61 Revistited » de Dylan. Bloomfield lui propose de le rejoindre sur scène, où il le présente comme « le meilleur joueur de Blues banc ». Venu dénicher de nouveaux talents, les cadres de Columbia proposent un contrat au virtuose albinos.

En 1969, Johnny Winter sort son premier album, un disque largement dominé par le Blues sous toutes ses formes. Qu’il flirte avec le psychédélisme, le Chicago Blues, ou qu’il se contente de rappeler les beautés acoustiques de ses origines, l’album est un maitre étalon du Blues Rock.

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La même année, Winter sort « Second Winter », un second album plus moderne, où il se réapproprit quelques classiques de ses contemporains. Ces deux disques montrent son tiraillement entre ce Blues traditionnel, qu’il veut promouvoir, et son jeu rythmé, qui le mène à flirter avec le Rock.

L’intéressé expliquera ce tiraillement en affirmant : « je ne joue pas de Rock, je joue du Blues avec l’énergie du Rock », une belle façon de résumer l’ambition des musiciens de sa génération.

Quelques années plus tard, en 1971, Johnny Winter enregistre son premier live au Fillmore East. Malheureusement pour lui, un autre groupe s’apprête à livrer une série de concerts anthologiques. Formé par Duane et Greg Allman, le groupe a déjà effectué quelques premières parties pour le Grateful Dead et BB King. A l’époque, les fans du dead ont salué la virtuosité de musiciens capables de partir dans de longues improvisations instrumentales. Plus puristes, ceux de BB King furent séduits par la guitare blues de Duane Allman.

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Regroupé sur l’album « Live at Fillmore », les prestations du groupe annoncent la naissance du Rock sudiste. Duane Allman n’était pourtant pas un inconnu avant la sortie de ce live. Il venait de faire jeu égal avec Eric Clapton sur le somptueux « Layla and Other Love Song », et le premier album des frères Allman avait déjà attiré les oreilles des observateurs attentifs.

Mais, ses improvisations virtuoses n’ont jamais eu autant d’impact que sur « Live at Fillmore East ». C’est dans cette matière que Lynyrd Skynyrd viendra piocher pour guider une nouvelle génération de musiciens sudistes. C’est aussi le chant du signe d’un guitariste parti trop tôt , victime d’un accident de moto quelques semaines seulement après la sortie de ce live.

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Découvert comme Johnny Winter en 1969, grâce au succès de « On The Road Again », Canned Heat doit son nom à un vieux Blues de Robert Johnson. Il désigne aussi un alcool très pur, que buvaient les plus pauvres durant la prohibition. Robert Johnson sera d’ailleurs une des nombreuses victimes de ce produit toxique.

Le groupe s’est formé dans la maison de Bob Hite, qui réunissait régulièrement une tribu de passionnés de blues. Surnommé « The Bear » en raison de sa forte corpulence, l’homme finit par reprendre des standards de Blues avec ses invités, c’est ainsi qu’est né Canned Heat.

Le premier album de la formation est enregistré en 1966, mais ne sortira qu’en 1970, lorsque le groupe sera plus connut. Devant les réticences de leur maison de disques, le groupe change de producteur et sort un premier disque de reprises qui attire l’oreille des critiques.

Les prestations du groupe ne feront que renforcer cette notoriété récente, et les magazines commencent à parler d’eux comme un groupe sur lequel il faudra compter. Arrêtés pour possession de drogue, Canned Heat se forge aussi une réputation de mauvais garçon qui ne fait que renforcer sa popularité naissante.

Le raz de marré arrivera en 1968 avec la sortie de « Boogie With Canned Heat » et le succès de « On The Road Again ». Si ses futures prestations, et leurs instrumentaux hallucinés, placeront le groupe à la tête des groupes psychédéliques, « Boogie With Cannead Head » est partagé entre boogie chaloupés et Blues Rock traditionalistes. Après ce classique, qui les place dans la lignée de Paul Butterfield et autres Mike Bloomfield, le groupe va accentuer ses sonorités acides sans perdre son identité Blues.

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Janis Joplin est une autre enfant du Blues qui ne devra son salut qu’à la vague psychédélique des années 60. Ayant arrêté ses études, elle se forme dans l’ambiance hostile des clubs californiens. Là-bas , elle développe le chant rageur et désespéré qui fera sa gloire.

Mais ses débuts ne sont pas fructueux, et l’argent manque au point que la jeune fille est arrêtée pour vol à l’étalage. 1965, la british invasion, et sa pléiade de groupes anticonformistes sera son salut. C’est le début du mouvement hippie et, si Zappa ne cessera de se moquer de cette « peace corp », pour Janis Joplin ce sera une révélation. Lors d’un de ses concerts dans un petit bar, elle est repérée par un jeune groupe encore inconnu.

Nommé Big Brother And The Holding Company, il est impressionné par le chant bluesy et passionné de Janis, et l’engage rapidement. C’est aussi ce chant qui attire l’oreille de Columbia, qui signe le groupe en 1966. L’aide de cette grande maison de disque permet au groupe de jouer devant des foules plus importantes, et de côtoyer la crème de la nouvelle vague psychédélique.

Quelques mois plus tard, la performance impressionnante de Janis Joplin lors du festival de Monterey l’impose comme la leader du groupe. Sorti en 1968, « Cheap Trills » est le symbole de ce leadership et, même si la guitare acide du groupe est très présente, c’est la voix bluesy de Janis qui domine les débats.

La suite on la connait, Janis quitte Big brother , forme le Kozmick Blues Band, et atteint le sommet de sa gloire à Woodstock. Puis vient l’alcool, la dope, et la mort par overdose un soir d’automne 1970. Enregistré de son vivant, mais sorti après cette mort tragique, « Pearl » prouve, s’il en était encore besoin, que Janis était avant tout une grande chanteuse de Blues.

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Autre héros du psychédélisme, Hendrix est aussi et avant tout un enfant du blues. C’est cette musique qui l’incita à parfaire son jeu, avant de partir tenter sa chance à New York. Là-bas, il est remarqué par Little Richard, qui l’engage sur le champ. Mais, après avoir joué sur quelques 33 tours et effectué une série de concerts pour le rocker, il est viré pour avoir raté le bus. Little Richard avait tendance à oublier de rémunérer ses musiciens et, lassé de cette attitude, Hendrix ne s’était pas pointé à l’heure.

On notera aussi que le charisme du guitariste n’est pas étranger à cette éviction, personne ne doit exister à coté de Little Richard. Après une période de galère, Hendrix rencontre Chad Chandler, qui lui propose de devenir son manager, et affirme qu’il peut l’amener en Angleterre.

Lassé d’une Amérique qui semble le rejeter Hendrix accepte. A son arrivée à Londres, il organise des sessions pour trouver les musiciens qui l’accompagneront sur ses prochains concerts. Il forme ainsi, avec Mitch Mitchell et Noel Reading un trio qu’il nomme L’Expérience. Il se trouve que Chas Chandler connait bien Eric Clapton, qui cherche un groupe capable d’assurer la première partie de Cream.

Hendrix vient donc défier « God » sur ses propres terres et, après sa version époustouflante de « Killing Floor », Chandler retrouve Clapton prostré dans sa loge. Clapton pensait sincèrement qu’après une telle performance sa musique n’avait plus de sens, il se sentait finit.

Suite à ce coup d’éclat, Hendrix ne tarde pas à signer un contrat d’enregistrement avec Columbia ,avant d’enregistrer « Are You experience? ». Sorti sous deux versions , une anglaise et une américaine, l’album se nourrit de Blues pour annoncer les révolutions à venir.

Il inaugure ainsi une tendance durable car, si le Blues Rock commence déjà à mourir, ses sonorités nourrissent encore la plupart des courants inventés par le Rock. Plus discret, il a toujours brillé au fil des années, via le jeu plein de feeling de Mark Knopfer, le Hard Rock, ou les solo somptueux de Bonamassa.

Quelques références de plus :

-ZZ top qui donnera ses lettres de noblesse au Blues Rock avec les albums “Tres Hombres”, “Rio Grande” et “Tejas”.
– Creedance Cleawater Revival : “Willie And The Poor Boy”
– Captain Beefheart qui ne cessera de se servir du Blues pour partir dans des expérimentations surréalistes. « Safe As Milk » est encore très puriste avant les sommets expérimentaux de « Trout Mask Replica » et the « Spothlight Kid ».
– Bonamassa et Beth Hart : « Live a Amsterdam » réunit la plus belle voix du Blues et un de ses guitaristes les plus brillants.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Anonyme dit :

    Super. Qui a écrit ça ? Benjamin ?

    J'aime

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