Dire Straits / U2 : le rock au sommet des ventes

Depuis le début, j’ai présenté les années 80 comme une décennie assassine, qui a failli tuer le rock à grands coups de perfides restrictions. S’il est vrai que c’est cette année-là que les radios ont durci leurs standards, en piochant directement dans les titres les plus vendus, si les productions elles-mêmes se sont standardisées pour suivre cette évolution, cela n’a pas empêché certains groupes de s’épanouir.

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Et s’il y a deux groupes qui ont profité de la montée de la pop pour se faire une place au sommet, c’est bien le duo U2 – Dire Straits. Les musiciens de U2 ont d’abord vu la lumière en découvrant le punk qui leur montrait qu’en travaillant dur, on pouvait réussir à créer un groupe et le mener vers la gloire. Le groupe sait toutefois que, pour avoir une chance de construire sa légende, il faut qu’il adapte ses influences punks à la pop souveraine. De ce constat naîtra un premier album,Boys, qui aura le mérite de séduire son Irlande natale.

Puis, se rappelant de la bavure de l’armée britannique, qui massacra une foule de manifestants en un sombre dimanche de 1972, Bono écrit le titre qui allait rendre U2 célèbre. Dans la lignée des Clash, qui font partie de ses modèles, Bono se servira souvent du rock pour défendre les causes qui lui sont chères. Plus qu’une description crue de la folie répressive, le titre prend la forme d’un hymne à la paix, ce qui lui vaut de toujours passer à la radio aujourd’hui.

La violence et l’engagement des textes sont dans la droite lignée du punk mais la musique est bien plus réfléchie : le groupe produit un jeu plus carré, porté par une production très épurée, qui sera bientôt le point commun de la plupart des albums à succès de l’époque. Les mélodies du groupe sont déjà très convenues, tournées vers le grand publique, mais comment ne pas être séduit par l’efficacité de cette énergie irrésistible ? Le rock a besoin de figures de proue, de groupes venus jouer le jeu du musique business afin de devenir l’égérie de sa culture : U2 portera ce sacerdoce.

Peu de temps après la sortie du disque, le groupe se fait remarquer lors de sa performance au Live Aids. Organisé pour lutter contre la famine en Ethiopie, l’événement est surtout l’occasion d’une impressionnante réunion d’artistes. Led Zeppelin profite de l’occasion pour se réunir pour la première fois, Status Quo vient prouver qu’il reste le roi du boogie rock, et surtout U2 inscrit son nom dans la légende.

Lorsque vient enfin son tour, U2 s’embarque dans une version mystique de « « Bad ». La basse hypnotique transporte le publique, les arpèges de The Edge prennent une dimension merveilleuse et Bono est au sommet de son charisme. C’est à ce moment que, transporté par cette fête païenne, le chanteur saute dans le publique et danse un slow avec une spectatrice.

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L’image restera culte, et U2 se voit propulser sur le devant de la scène internationale. Le succès mondial que le groupe a toujours cherché est désormais accessible et il en a conscience.Lorsque, deux ans plus tard il s’embarque dans la production de The Joshua Tree, il cherche à atteindre la même unanimité que celle portée par les Beatles en leur temps. Le disque doit être salué au-delà du cercle des rockers purs et durs pour entrer dans la liste restreinte de ces œuvres qui marquent une génération. Avec trois tubes intemporels que les radios passent encore de nos jours, The Joshua Treemontre un groupe assagi, qui ne hurle plus ses convictions. Qu’importe, le pari est réussiet, pour ceux qui douteraient de l’intégrité des irlandais, « Bullet In The Blue Sky » rappelle le rock plus abrasif de ses débuts.

Le publique retiendra surtout les perles que sont « With or Without You », « When The Streets Have No Name » et « I Still Haven’t Find What I’m Looking For », qui restent les titres les plus emblématiquesdu groupe. Aussi poli soit-il, The Joshua Treeest bien un album de rock, porté par les crescendos si prenants de The Edge. Le pari est gagné, les trois titres qui ouvrentl’album sont diffusés en boucles à la radio, et les ventes de l’album sont impressionnantes.Ce succès donne à U2 le rôle d’ambassadeur dont il a toujours rêvé. Ce rôle, il le tient magnifiquement sur le live Rattle That hum, ou « All Along The Watchtower » d’Hendrix côtoie les perles pop rock du groupe. Loin de renier le rock, U2 l’a remodelé pour séduire une nouvelle génération.

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Plus puriste, Dire Straits est d’abord le groupe de Mark Knopfler, un guitariste autant fasciné par le blues que par les textes de Bob Dylan. Le groupe naît en 1977 et publie rapidement un premier 45 tours« Sultan of Swing ». Nous sommes alors en pleine explosion punk et alors que les Pistols prétendent redonner un peu d’excitation au rocken reniant toute forme de tradition, la musique traditionaliste du groupe paraît obsolète.

Résultat, le premier 45 tours de Dire Straits est un bide et l’album qui suivra ne fera pas mieux. Warner Bros signe quand même un contrat avec eux, et « Sultans of Swing » devient un succès aux Etats Unis. On peut attribuer cette réussite au fait que le blues reste une musique importante au pays de l’oncle Sam, où il continue à influencer la pop, et séduire le grand public.

Comble de la consécration, Mark Knopfer est invité à participer à l’enregistrement de Slow Train Coming, un album que Bob Dylan sort en 1979.Les disques s’enchaînent et obtiennent le même succès en Amérique où le talent d’écriture de Knopfler lui vaut d’être considéré comme l’égal de Springsteen ou de Bob Dylan.

La musique, elle, s’affirme comme l’antithèse de celle de U2. Le son de U2 est pop est soigné, celui de Dire Straits sera puriste et épuré. Mais pour imposer son nom le groupe se doit de conquérir son Angleterre natale. De ce souci naîtra Love Over Gold, album trop souvent oublié, où le groupe concilie parfaitement ambitions artistiques et préoccupations commerciales.

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Il faudra pourtant attendre la sortie de Brother In Arms, sorti en 1985, pour que Dire straits parvienne enfin à séduire le grand public. Les claviers, qui ont fait leur apparition sur Love Over Gold sont beaucoup plus présents, la production est un modèle de propreté, et le blues rock rustique a fait place à un pop-rock atmosphérique. Heureusement, les notes blues de Mark Knopfer sont encore là pour rassurer les fans de la première heure. Knopfler en profite pour se moquer d’une célèbre chaîne devenue culte, en invitant Stingà chanter le fameux passage « I Want my MTV », qui tourne en boucle sur la chane concernée.

À une époque où la hi-fi est à en plein âge d’or,Brother In Arms est même offert aux heureux acquéreurs de chaînes haute-fidélité. Cela n’empêche pas le disque d’atteindre le sommet des ventes, et le duo U2 – Dire Straits commence à avoir des airs de Rolling Stones – Beatles.

Comme leurs glorieux ancêtres, U2 et Dire Straits représentaient l’affrontement entre deux visions du rock. Une plus puriste, et une expérimentale ou grand public. Et c’est sans doute à cette opposition, portée par ces deux groupes, que l’on doit la survie du rock grand public dans les années 80.

Plus de Dire Straits ICI

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