Le Rock Sudiste

L’arrivée des Allman Brothers au Fillmore East fut sans doute une des dates les plus marquantes de l’histoire qui vous est racontée ici. Cette réputation, le groupe ne la doit pas seulement au toucher extraordinaire de son guitariste, qui a su donner ses lettres de noblesses au blues rock sur les deux premiers albums du groupe. Non, c’est surtout sur scène que le gang montrait tout le potentiel de sa musique révolutionnaire. Là, tels des jazzmen du blues, ils rallongeaient leurs morceaux de longues divagations instrumentales. Sorti un soir d’été 1971, le Live at Fillmore East annonçait l’arrivée imminente de toute une scène sudiste.

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L’histoire commence à Jacksonville, où un délinquant notoire tombe amoureux du rock anglais de Free et Cream. Avec ses musiciens, Steven Van Zandt reprend les classiques de ces groupes, en tentant de s’imprégner du chant mélodique de Paul Rodgers, et de l’agressivité des riffs des deux groupes anglais. Lynyrd Skynyrd est ainsi né en 1964 et perfectionnera sa musique dans les bars pendant plusieurs années. Il faut dire que le groupe trouve une motivation supplémentaire grâce au caractère de son chanteur, qui n’hésite pas à battre ses musiciens pour la moindre fausse note.

Entre deux concerts, Lynyrd compose une série de titres, dont plusieurs sont déjà terminés. Mais la chance ne leur sourit pas, et il faudra attendre 1969pour que le groupe se fasse enfin repérer par une maison de disquse. Juste avant cette rencontre, Lynyrd Skynyrd avait enfin réussi à terminer une composition qu’il traînait depuis plusieurs mois. Jugé trop compliqué par plusieurs membres du groupe, « Free Bird » ne devra sa naissance qu’à l’idée génial de leur roadie Billy Powell, qui imagine sa fameuse introduction au piano. C’est sans doute aussi ce titre, donnant lieu à de furieuses joutes de guitares lors des concerts, qui permit à Lynyrd Skynyrd d’attirer l’attention des cadres de MCA. La maison de disques les signe rapidement, mais l’enregistrement ne se passe pas comme prévu.

Endurci par des années de galères, où il a joué ses compositions des dizaines de fois, Lynyrd Skynyrd n’est pas disposé à se laisser dicter sa conduite par ses producteurs. Il n’hésite d’ailleurs pas à en venir aux mains, et les séances d’enregistrements deviennent le théâtre de véritables batailles rangées.« Free Bird » est tout de même enregistré en single, mais sa longueur déplait aux cadres de MCA, qui édite une version de trois minutes pour les radios. Cette expérience amère amènera Van Zandt à écrire « Working For The MCA », un titre rageur qui paraîtra sur le second album.

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Entre temps, le premier disque du groupe sort enfin en 1973, sous le sobre nom de (Pronounced ‘Lĕh-‘nérd ‘Skin-‘nérd), et le succès est immédiat. Il faut dire que ces titres annonce une voie nouvelle pour le rock dit « puriste ». Dans ces compositions, le feeling du blues est réactualisé par la violence et le raffinement du rock anglais.

Rapidement suivi par un second essai du même niveau, et par un live qui les places définitivement au sommet, l’album fait de Lynyrd Skynyrd le parrain d’une nouvelle scène. Ses neveux les plus illustres commencent d’ailleurs leur ascension peu de temps après la sortie de cette œuvre essentielle.

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Du coté des descendants les plus originaux, on trouve les Outlaws. Formé dès 1970, le groupe ne sortira son premier album qu’en 1975, ce qui l’empêche de revendiquer la parenté de son mouvement. C’est d’ailleurs après avoir fait la première partie de Lynyrd Skynyrd que le groupe signe son premier contrat. Impressionné par ces musiciens mêlant l’influence de Johnny Cash à celle du blues, Ronnie Van Zandt avait envoyé le manager de Lynyrd pour épauler les Outlaws. Leur premier disque sort en 1975 et est immédiatement certifié disque d’or. Tous les singles extraits de cet album atteignentles sommets du Billboard américain, et le groupe remet la country au cœur du rock.

Issu du premier album « Green Grass and High Tide » permet auxOutlaws de partir dans des improvisations dépassant allégrement la dizaine de minutes. La performance est forcément comparée à « Free Bird », et montre qu’une nouvelle génération de rockers sudiste est désormais prête à émerger.

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À Jacksonville, le lieu où tout a commencé, Molly Hatchett passe aussi plusieurs années à forger son rock dans les bars voulant bien l’accueillir. Il n’est donc pas étonnant que, lorsqu’il commence à se faire connaître, le groupe se lie d’amitié avec Lynyrd. Le premier album de Molly Hatchett sort en 1978, quelques mois après le terrible accident qui couta la vie à plusieurs membres de Lynyrd Skynyrd : une page se tourne et un nouveau chapitre est sur le point de s’écrire.

Comme pour prendre symboliquement le témoin lâché par ses illustres prédécesseurs, Molly Hatchett dote son premier album d’une reprise virile de « Dream I’ll Never See », un des premiers titres des Allman Brothers. Sur ce disque, et son successeur, le boogie rock sudiste du groupe s’inscrit dans la droite lignée des grands disques de Lynyrd. Pour sedifférencier, Molly Hatchettva rapidement durcir sa musique, pour flirter avec la violence du hard rock. Le résultat est encore brillant sur l’album Beatin’ the Odds, et plus controversé lorsque le groupe ajoute des cuivres sur Take No Prisoners qui reste tout de même son dernier grand disque.

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Autre groupe né à la même époque que Lynyrd Skynyrd, Blackfoot, qui s’est formé en 1970 mais s’est séparé prématurément après que son guitariste et leader, Rickey Medlocke, ait rejoint Lynyrd Skynyrd en 1971. Il vit alors les plus belles heures du gang de Jacksonville, avant de réactiver Blackfoot quatre ans plus tard. Le groupe sort ensuite deux albums de country blues sans intérêt, avant de trouver son équilibre sur l’album Strike, paru en 1977. Ce long cheminement explique que, bien qu’il fût un contemporain de Lynyrd, Blackfoot sera considéré comme un de ses plus illustres successeurs.

Premier d’une série de trois albums impressionnants, Strike posent les bases d’un boogie rock mené par des riffs fonçant telle une diligence poursuivie par les tribus de Geronimo. Nommé « trilogie animalière », en référence à leur pochette, Strike, Tomcattin’, et Marauder viennent rejoindre les grands disques de Molly Hatchett au sommet d’une scène qui arrive déjà à la fin de sa glorieuse légende. Après un live incontournable, le groupe se retrouve coincé par des radios de plus en plus strictes et une pop de plus en plus dominante. Cette oppression va le mener à renier son identité pour survivre : le résultat sera une série d’albums pop insipides qui achèveront le mouvement.

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Il faudra des années pour que Lynyrd retrouve un peu de sa superbe et pour que Molly Hatchett reprenneles armes avec deux lives rafraîchissants ( Flirtin With Disaster Live, sorti au début des années 2000). Mais ses disques sont surtout les cris nostalgiques de groupes qui refusent de mourir et, pour célébrer la grandeur du rock sudiste, on se dirigera plutôt vers l’album The Southern Harmony and Musical Companiondes Black Crowes, ou vers « Gettin’ Pretty Good at Barrely Gettin By » des Four Horsemen.

Aujourd’hui, l’héritage sudiste est fièrement porté par le country rock de Blackberry Smoke, dont les albums n’ont rien à envier aux grandes heures du genre.

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