Discothèque rock idéale-Episode1: Not just a garage band : les folles expérimentations de Ty Segall

Manipulator

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Un artiste peut il encore surprendre son monde à une époque ou, cerné par youtube , spotify , et les réseaux sociaux, il voit chacune de ses créations diffusées en temps réel sur le net. Ty Segall nous prouve que, malgré les difficultés, ce tour de force est encore possible.

Pour y parvenir, l’homme a protégé son intimité créative avec acharnement, prenant le contrôle de la moindre page facebook qui lui est dédié, pour la laisser mourir. Résultat, lorsque cet album sort en 2014, de nombreuses questions se posent. D’où vient cet homme dont on ne voit même pas le visage sur la pochette ? Comment à t’il réunit les éléments nécessaires à la production de ce manipulator ?

En fait ce disque est déjà le septième album de Ty Segall, qui s’est déjà réapproprié une bonne partie de la culture rock avec des disques que les mauvaises langues jugèrent brouillons. L’homme semble avoir pris ces critiques au sérieux, et la production de manipulator est beaucoup plus propre.

Cette évolution était surtout une nécessité artistique, Ty Segall étant encore dans sa période glam. En 2011, le californien avait produit l’anecdotique mais sympathique Ty Rex, qui comme son nom l’indique rend hommage au groupe de Marc Bolan. Les sonorités et mélodies reproduites sur ce disque de reprise on fait leurs chemins depuis, et ressorte ici sous forme de vocaux nonchalants, portant des refrains irrésistibles.

La marque du poète anglais est palpable sur le morceau titre et the feels, et dote chaque composition d’un vernis pop des plus séduisants. Canalisé par cet écrin remarquable, les guitares stoogiennes se font plus groovy et gagnent un feeling irrésistible, tout en gardant une certaine sauvagerie, et une spontanéité dont peu de groupe peuvent s‘enorgueillir.

Car c’est avant tout ça Ty Segall, un mec sorti de nulle part, et déversant ses riffs avec l’innocence de celui qui vient de découvrir sa voie, et la suit sans se poser de questions. Seul, sans producteur et autres pygmalions séniles, le guitariste vient de trouver un compromis entre la violence de son garage rock et la fluidité nécessaire pour marquer la culture pop.

La seule chose qui semble relier ces 17 pistes, c’est la recherche du tube pop ultime, celui capable de réconcilier la culture underground et la culture de masse. Le résultat, largement promut par les magazines spécialisés, qui n’ont plus entendus une œuvre aussi riche depuis des années, fait naitre le mythe mystérieux qu’est devenu Ty Segall.

Fuzz II

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Après le coup de force que représente manipulator, on aurait pu s’attendre à ce que Ty Segall approfondisse ce sillon juteux. C’était sans compter sur la personnalité aventureuse du Californien. Plus préoccupé par sa liberté artistique que par le montant de son compte en banque, l’homme annonce la reformation de son groupe fuzz, alors que le séisme provoqué par la sortie de manipulator est encore dans toutes les têtes.

Le groupe à déjà sorti un premier disque en 2013, mais son stoner agressif et crasseux l’avait condamné à rejoindre les oubliettes de l’histoire, en compagnie des premiers projets de Ty Segall. Comme Neil Young, il semble prendre un malin plaisir à brouiller les pistes, détruisant ses mythes pour éviter de devenir prévisible, et donc obsolète.

Sobrement intitulé Fuzz II , le deuxième album de son side project montre sa direction anti commercial dès les premières notes bruitistes de Times collapse II. Cette entrée en matière installe un climat paranoïaque, inquiétant, bientôt rejoint par un riff bourdonnant, mariant la noirceur de black sabbath aux rythmes cadencés de status quo.

Le quo n’aurait d’ailleurs pas renié ce break cadencé, où les riffs galopent avec une régularité métronomique. S’envolant au milieux de ce boogie paranoïaque , la guitare s’embarque dans d’impressionnants solos plombés, où chaque note s’imbrique dans cet hallucinant décor sonore.

Tout au long du disque, on pense beaucoup à black sabbath , les gros riffs s’imposant comme les descendant direct des premiers albums du groupe d’Ozzy. Mais la fuzz, utilisée à outrance, flirte clairement avec le space rock menaçant d’Hawkwind.

Cette impression est renforcée par la voix du messager de l’apocalypse qui s’échappe de ce chaos sonore. Écouter ce fuzz , c’est entrer dans un univers sonore où la guitare rock rivalise de puissance et d’efficacité avec les plus virulents représentants de la sphère metal.

Abusant des distorsion chères à Hendrix, grasse comme un riff de Tony Iommy , elle construit sous nos yeux une cathédrale sonore fascinante et hypnotique, qui l’éloigne des canon du stoner défendue par radio moscow et autres clutch.

Après une tel claque , la relative douceur de manipulator parait déjà bien loin, et Ty Segall quitte les sommets des ventes alors qu’il vient de produire une deuxième réussite.

Freedom Goblin

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Freedom Goblin, semble boucler un premier cycle.

Pour perpétuer le coté énigmatique de son œuvre, l’album est doté d’une pochette psychédélique, où le nom de l’artiste et de l’œuvre n’apparaissent pas, si ce n’est sur la tranche. De psychédélisme, il en est question dès le premier titre, « Fanny Dog », ouvrant le bal sur une véritable fanfare de camés, que n’aurait pas renié Gong.
Dans Les Portes de la Perceptions, Huxcley décrivait le LSD comme un moyen de voir le monde dans sa globalité. Comme si le consommateur atteignait un niveau supplémentaire de Conscience. C’est un peu ce qui semble être arrivé à Ty Segall sur cet album. Après avoir fait l’inventaire des différentes sonorités l’ayant fascinés, en les adaptant comme un élève appliqué, il se met à jouer avec, les mixant dans un disque aussi riche que cohérent, avec comme fil rouge, ces riffs crasseux dignes de Blue Cheers.

« Rain » n’aurait pas fait tâche à coté des refrains Glams de Manipulator. « The Last Waltz » est un véritable Folk de poivrot. Cette même Folk se fait plus mélodique sur « I’m Free ». Et n’oublions pas le gros Hard Rock qui tache « She », ou la violence grandiloquente d’un Free Jazz doté d’une section de cuivres irrésistible (« Talkin 3 »).

Et il faudrait encore des pages pour analyser totalement cette série de curiosités, de mélodies loufoques et autres bidouillages, qui sont autant d’outils permettant à Ty Segall de dépoussiérer ce qui fit la grandeur du Classic Rock. Et pourtant, les moyens utilisés ici ne sont pas énormes, et le blondinet ne s’est pas embarqué dans des bricolages de studio alambiqués, des expérimentations électroniques et autres bidouillages sophistiqués. Qu’elle soit accompagnée de cuivres, ou qu’elle mette en valeurs des chœurs plus « identifiables » que sur les disques précédents, c’est bien la guitare qui est au centre de ses compositions.

Création d’une image mystérieuse, réinvention d’un patrimoine que certains croyaient stoïques, et retour au culte du Guitar Hero, voila les mots d’ordres de notre homme. Je ne sais pas si ces éléments font de lui le dernier des rocker mais, une chose est sûre, Freedom Goblin redonne une définition de ce qu’est le Rock en 2018. Et c’est déjà énorme.

Un artiste à suivre…

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